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Blog de Ben

July 08

La Fête du cinéma

 

Deux euros la place, c’est soi-disant rentable. Je dis bien soi-disant, parce que pour certains films, disons le tout net, c’est encore 1,80 € trop cher. Ci-dessous quelques critiques, en vrac.

image Commençons par les meilleurs, c’est toujours bien plus drôle de finir en plombant. En premier, sans l’ombre d’un doute, je citerai Valse avec Bachir d’Ari Folman. Deux mots du contexte : nous sommes au début des années 1980, au moment de l’invasion du Liban par l’armée Israélienne et marqué notamment par le massacre, les 16 et 17 septembre 1982, des camps de Sabra et Chatila par les milices chrétiennes que les troupes israéliennes laissent agir. Le film relate l’histoire d’un soldat de Tsahal qui a tout oublié de ce qui s’est passé, et qui cherche à reconstituer les faits, ainsi que sa propre contribution au combat. Certes le film n’est pas joyeux, rien de très glamour, mais la puissance du scénario, de l’animation, sans oublier la BO de Max Richter, sont incontestables. A voir, donc.

 

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Dans un autre registre, mais tout aussi savoureux – du moins pour les amateurs de thrillers – je cite volontiers La nuit nous appartient, de James Gray. Outre le fait que Joaquin Phoenix, Mark Wahlberg et Eva Mendes jouent à la perfection, l’intrigue du film est franchement convaincante, et, sans tomber dans le scénario préconçu et cousu d’avance qu’adoptent souvent les auteurs de polars, celui-ci est bien ficelé, haletant jusqu’à la fin. La reconstitution du New-York des 1980’s est époustouflante.

 

 

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Un ton en dessous, mais sympa quand même : The darjeeling limited, de Wes Anderson. Comédie dramatique dans laquelle trois frères qui ne sont pas vus depuis l’enterrement de leur père cherchent à se réconcilier, et c’est un voyage dans nord de l’Inde qui doit leur permettre de se retrouver et à terme de revoir leur mère réfugiée dans un couvent. L'aîné veut nouer une vraie relation spirituelle, le cadet attend un enfant et le benjamin est obnubilé par son ex compagne. L’univers piquant et animé de Wes Anderson est plutôt plaisant, le rire est souvent au rendez-vous.

 

image Passons au lyrisme de Sean Penn, cet envoûtement si mal maîtrisé dans Into the wild. Voilà l’histoire d’un jeune homme, Christopher, qui en a marre de ses parents. Ils sont méchants. Bouh ! Ils ne pensent qu’à l’argent et à la notoriété. Beurk, c’est mal. Alors il a besoin de prendre l’air, de partir loin, de fuir ce monde qui l’oppresse. Il se barre en Alaska, près de Fairbanks, loin de cette humanité vomitive qui ne comprend rien à la vraie vie (qui consiste en fait, si j’ai bien tout compris, à bouffer des baies et des fourmis grillées). Et on se fait servir pendant deux (longues) heures des images de wallpaper sur grand écran. On peut reconnaître à Penn un certain courage politique, mais la critique gauchisante et unilatérale d’une humanité avariée, rancie, gangrenée par le mal, l’alcool et la drogue est complètement burlesque.

 

image Allez, faisons feu sur le dernier Desplechin, Un conte de Noël. Passons sur la prestation des acteurs, qui sont fameux, notamment Mathieu Almaric (Henri) et Jean-Paul Roussillon (Abel). Voilà un film qui fait bander la critique, mais moi j’ai somnolé. Voici donc une brève description du scénario d’après « Première ». Réunion à Noël: Junon et Abel réunissent enfants et petits-enfants dans la maison familiale de Roubaix. Elisabeth, la soeur aînée, son frère Henri banni de la famille et sa nouvelle amie, Ivan le plus jeune avec épouse et enfants, Paul l'adolescent malade... Junon annonce sa leucémie, que seule une greffe de moelle peut guérir. La même maladie qui emporta autrefois l'un de ses petits garçons. L'heure est aux règlements de compte, aux apaisements, aux découvertes.

June 23

Élections américaines : Dieu, soutien ou obstacle des candidats à la présidence ?

 

imageLa constitution américaine l’affirme : la religion d’un candidat ne saurait lui fermer la route de la présidentielle. Mais dans un pays où les citoyens déclarent à 90% avoir une croyance religieuse, taux le plus important des pays occidentaux, comment demander leurs votes sans s’expliquer sur sa foi?

Et c’est souvent profitable de le faire : Dieu peut se révéler un soutien dans la course aux votes. En 2000, lors d’un débat de la campagne américaine, à la question « Qui est votre philosophe préféré ? » George W. Bush avait répondu « Jésus Christ ». La réponse était allée droit au cœur des électeurs conservateurs.

 

La question de l’appartenance religieuse est aujourd’hui plus complexe et épineuse pour les candidats des deux bords.

Côté républicain, John McCain a grandi dans l’église épiscopalienne mais il est à présent membre d’une Église baptiste près de sa résidence de Phoenix. « Je ne suis pas épiscopalien. Je suis baptiste » expliquait-il en septembre 2007, ajoutant une semaine plus tard, « le plus important, c’est que je sois chrétien ».

Toutefois, McCain, divorcé et modéré sur de nombreux sujets de société, est considéré avec suspicion par la frange la plus conservatrice du parti républicain. Il a activement cherché le soutien de pasteurs médiatiques. En février dernier, John Hagee, pasteur baptiste d’une « méga-church » et « télévangéliste » très populaire, et Rod Parsley, pasteur médiatique originaire d’Ohio, lui ont donné leur « endorsement » (soutien officiel).

Mais ce soutien est devenu un handicap quand ces figures très en vue ont tenu des propos polémiques de nature à effaroucher les électeurs. R. Parlsey a déclaré que l’islam était « une religion violente par nature ». John Hagee, qui compte sur l’État d’Israël pour accomplir les événements précédant le retour du Christ (imminent selon lui), a expliqué dans un sermon rediffusé récemment qu’Hitler était un « chasseur » envoyé par Dieu pour provoquer le retour des juifs en Terre sainte. Il a aussi qualifié l’Église catholique de « secte organisée » et de « grande putain » (« great whore »).

« Ces commentaires sont fous et inacceptables » a déclaré McCain en rejetant le soutien des deux pasteurs le 20 mai dernier, ajoutant à propos de Parsley, « il n’y a pas de place pour ce type de dialogue en Amérique ».

Barak Obama a dû prendre lui aussi ses distances vis-à-vis de son pasteur mais sa première tâche a été de convaincre qu’il n’était pas musulman.

Sénateur relativement peu connu avant le démarrage de sa campagne, des éléments de sa biographie ont jeté le trouble : père kenyan musulman, une enfance en Indonésie, pays majoritairement islamique…. Barak, dont le deuxième prénom est Hussein, a expliqué qu’il avait été élevé par sa mère, chrétienne, et qu’il était devenu pratiquant à 27 ans, lorsqu’il avait rejoint une Église protestante appartenant a la dénomination UCC (United Church of Christ).

Certaines voix, sans remettre en doute son récit, se sont élevées pour craindre que ce parcours ne créé des problèmes internationaux en cas d’élection d’Obama.

« Fils d’un père musulman, Obama est né musulman selon la loi coranique, telle qu’elle est universellement comprise » écrit Edward Luttwark dans un article du New York Times du 12 mai 2008, ajoutant que le sénateur, en embrassant la foi chrétienne par la suite, était devenu un apostat. « Les juristes des écoles Sunnites et Chiites commandent l’exécution de tout adulte qui quitte la foi sauf en cas de contrainte».

Élu Président, Obama ne serait probablement pas poursuivi en justice, analyse Luttwark, mais la loi islamique interdit la punition d’un musulman qui tue un apostat, et même interdit d’interférer avec un tel acte. « Pour le moins, cela compliquerait la sécurité d’une visite d’État dans un pays musulman, car le simple fait de protéger le Président constituerait un péché pour les forces de sécurité locales. »

Cette opinion a attiré de nombreuses réactions outrées de connaisseurs du monde arabe. « C’est le parent qui a la charge morale d’élever son fils dans l’islam, écrit I.Mattson, présidente de la Islamic Society of North America. Les enfants n’ont aucune obligation légale de rejoindre la communauté musulmane. » Obama, dont le père était non pratiquant, n’a jamais été élevé dans la religion musulmane et ne serait donc pas considéré comme ayant trahi la foi coranique.

Le candidat démocrate a dû aussi faire face à des controverses émanant de l’Église à laquelle il appartient, la Trinity United Church of Christ de Chicago. Jeremy Wright, son pasteur et ami, qui l’a marié, a baptisé ses filles et a inspiré le titre d’un de ses livres “The Audacity of Hope”, a été scruté par les médias. Ses sermons les plus virulents ont été diffusés. Dans la tradition des prédicateurs appartenant au courant de la « Black Liberation Theology », Wright dénonce le racisme et les injustices de la société américaine. « Que Dieu maudisse l’Amérique! » s’est-il exclamé dans un sermon, phrase répétée sur toutes les chaînes de télévision et sur internet.

Obama a dit regretter les paroles de division de son mentor, lui qui se veut rassembleur. Lorsque le Rev. Wright, interviewé en avril, a ajouté que les attentats du 11 septembre étaient un juste retour des choses, et a hasardé une hypothèse sur le SIDA, propagé à dessein par le gouvernement américain, Obama a officiellement coupé les ponts puis, après les nouvelles outrances d’un pasteur invité, a fait savoir qu’il quittait la congrégation.

Ces démêlés auraient pu inciter le candidat démocrate à s’en tenir fermement à la ligne inaugurée par Kennedy en 1960. Catholique, cherchant à rassurer la majorité protestante qu’il ne prendrait pas ses ordres de Rome, JFK avait appelé à une Amérique “où la séparation de l’Église et de l’État serait absolue”, insistant sur le caractère privé de la conviction religieuse d’un Président.

Le 8 juin 2008, ainsi que le rapporte le Wall Street Journal du 10 juin, Obama suggéra une vision plus nuancée, soulignant que les grands réformateurs de l’histoire américaine avaient été motivés par leur foi et n’hésitaient pas à utiliser un langage religieux. “Dire qu’on ne doit pas faire intervenir notre foi personnelle dans le débat public est concrètement absurde”, a-t-il déclaré. “Nos lois sont par définition une codification de morale dont la grande majorité est fondée sur la tradition judéo-chrétienne.”

Comment ces propos seront-ils ressentis auprès des démocrates les plus attachés à la laïcité ? Barak semble avoir déjà décidé que Dieu ne serait pas un obstacle dans sa campagne.

Anne-Cécile BAER, site d'Evangile et Liberté

Des grutiers qui travaillent 4000 heures : quand Sarko ne sait pas compter...

 
Encore une bourde de Sarko
par Rive-gauche

L' insupportable condition des étrangers en centre de rétention

CRA de Cergy 

"Des événements extrêmement graves se déroulent actuellement au centre de rétention de Vincennes, après la mort hier d’un étranger retenu. Les deux sites du CRA seraient en feu, et des informations à vérifier font état de nombreux blessés.

Depuis des mois, la Cimade n’a eu de cesse d’alerter au plus haut niveau des risques considérables d’explosion qui peuvent intervenir à tout moment dans un centre de 280 personnes non conforme à la réglementation.

La Cimade déplore la surdité de la préfecture de police de Paris et du ministère de l’Immigration, dont la responsabilité sur la situation actuelle est clairement engagée."

March 27

N'oublions pas le Tibet

In LIBERATION, le 27 mars 2008. Auteur : PASCALE NIVELLE

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Chine. Fronde contre les télés occidentales, sites interdits, direct truqué… Pékin récrit l’histoire.

Un nouvel incident entre Tibétains et policiers a eu lieu lundi à Garze, dans la province du Sichuan. Il y aurait un mort et des blessés, selon les médias chinois et le gouvernement tibétain en exil, d’accord sur le bilan mais pas sur les faits. Un policier a été tué à coups de couteau, assure Chine nouvelle, l’agence de presse d’Etat. Un moine de 18 ans est mort sous les balles chinoises, dit le Centre tibétain pour les droits de l’homme et la démocratie de Dharamsala, en Inde. Le journaliste qui tente de recouper les informations auprès des autorités locales, par téléphone puisque la zone tibétaine reste interdite, s’entend répondre que «personne n’est au courant».

«Le soleil sourit.» Depuis le début des émeutes, le 10 mars, la propagande chinoise mène une guerre féroce qui tourne en boucle sur les médias, diffusant des images chocs sur les violentes manifestations, reprenant les slogans lancés par les dirigeants contre les «atrocités» commises au Tibet, les «casseurs», les «saboteurs des Jeux olympiques» et la «clique du dalaï-lama». Mais pas une image des dizaines de milliers de policiers envoyés sur le front, ni un mot d’explication sur les causes de la crise. Faits et critiques sont systématiquement censurés.

Mardi, la presse chinoise a célébré à pleines pages le «succès de l’allumage de la flamme olympique», qui «transmet au monde un esprit pacifique et fraternel et un idéal de liberté et de démocratie». L’incident qui a marqué la cérémonie, en plein discours de Qi Liu, président du comité d’organisation des Jeux et numéro un du Parti communiste chinois (PCC), n’a pas été évoqué. A la une du China Daily, organe du PCC en anglais, on pouvait lire le lendemain : «Le soleil sourit à la flamme olympique». La télévision, qui retransmettait en direct, s’est interrompue sans explication.

Depuis le week-end, la presse occidentale essuie un tir médiatique, accusée dans le China Daily d’être «partiale». «Le seul message des médias étrangers est que la Chine a perdu la tête, a dit Gao Zhikai, ex-fonctionnaire des Affaires étrangères, Ils parlent du dalaï-lama comme d’un dieu.»

«Gœbbels». Un site chinois baptisé Anti-CNN, consacré à la chaîne américaine «leader mondial des menteurs», a posté une lettre contre «les médias occidentaux nazis de Goebbels». Chine Nouvelle publie des tribunes sur «l’arrogance de l’Ouest» et remarque : «Cela va bien à l’Occident, cette histoire chrétienne de David et Goliath.» Elle ne cite que les témoignages de violences contre les Chinois relatés à l’étranger et salue les «excuses» de la télévision allemande RTL, qui a situé au Tibet une manifestation ayant eu lieu au Népal. L’agence d’Etat relève méticuleusement les erreurs de ses confrères étrangers : CNN a publié une photo tronquée, omettant de montrer des émeutiers tibétains jetant des pierres sur un convoi de la police. Un journal allemand aurait volontairement déformé la vérité en montrant un jeune Tibétain emmené par la police alors que celle-ci se portait à son secours. «Une façon de coiffer Li du chapeau de Zhang»,s’indigne un universitaire.

YouTube a été bloqué dès le début des manifestations, CNN ou la BBC sont inaccessibles dès que l’on tape le mot «Tibet». Les quotidiens anglo-saxons font aussi l’objet de coupures ciblées. En revanche, des sites chinois habituellement censurés sont ouverts. Ils débordent d’attaques virulentes contre les Tibétains et les médias occidentaux. Un internaute : «Au nom de la liberté de la presse, les médias étrangers calomnient et diffament sans scrupule les pays en développement. Ils trompent et tendent de pièges, fabriquent l’information à leur guise.»

Voyage de presse. Le ministère des Affaires étrangères a annoncé la réouverture du Tibet à la presse. Un voyage est organisé cette semaine à Lhassa pour une dizaine de journalistes étrangers désignés d’office, sans un seul Français. «Cela leur permettra de connaître la vérité sur les émeutes», a déclaré le porte-parole Qin Gang.

January 10

Paris...

 

Paris, quelques jours par an, souvent en hiver. Une ballade, puis deux, puis trois. Le temps d’une réflexion, d’un rêve, d’une évasion, d’une réalité imperceptible...

Marcher sur les boulevards, et lever les yeux. Reconsidérer le Paris Haussmannien, celui tant désiré par Napoléon III, le Paris du second empire, celui de toutes les folies, de la modernité naissante et des grands magasins. Le Paris hurlant au rythme effréné du développement industriel et du crissement des rails des nouvelles gares de l’Est, de Lyon, d’Austerlitz… Se promener dans les parcs, et repenser aux carrières désaffectées, noires, mornes, qui hantent les Buttes-Chaumont. Revisiter le Paris qui respire, avec Montsouris et Vincennes, prémices de ce que les urbanistes appelleront plus tard la « ville nature ».

Marcher, le long du boulevard Sébastopol, et redécouvrir la cité. Penser à Baltard et aux anciennes Halles centrales, au Paris schizophrénique et boulimique du siècle de l’Histoire : le Paris des réseaux, qui se gargarise des créations d’Alphand et de Belgrand, celui qui s’enterre pour agrandir ses réseaux et développer son territoire. Parlons-en de ce Paris souterrain, cette ville sous la ville et son ambiance glauque et malodorante mêlée au bouillonnement et au va et vient incessant des gens à la station de Châtelet les halles. Le métropolitain, reflet de la vicissitude des quotidiens de chacun, lorsqu’on surprend tous ces gens accros du portable devenu le vecteur incontournable du raccrochement dématérialisé à des réseaux sociaux, économiques, culturels, associatifs parfois même diasporéïques, symbolisant une déterritorialisation croissante des modes de vie et des pratiques urbaines. De même que le lecteur MP3 qui nous transporte dans l’ailleurs et nous éloigne ainsi des réalités immanentes à notre condition d’usager. Et que dire de cette effervescence qu’on retrouve aux heures de pointes, ces visages fuyants, cette ville mobile convulsive dans laquelle l’indifférence devient la norme ?

Marcher à Paris, pour réfléchir à la condition post-moderne, telle que décrite par Arendt ou Ascher. Paris comme paradigme et paroxysme de la contemporanité révélée par le mouvement, l’inachèvement et l’incertitude. Paris comme reflet d’une société qui s’éternise dans le présent en délaissant toute utopie créatrice. En témoigne le Pont des Arts un soir de réveillon qui nous renvoie des images alarmantes de solitude, d’isolement et d’abandon dans la drogue et l’alcool. Photographie d’une société de plus en plus inégalitaire, les tentes rouges du canal Saint Martin alliées aux dévergondés du centre ville contrastant violemment avec le parfum de luxe, de Rolex et de Fouquet’s qui embaume les villas bourgeoises du XVI ème et de Neuilly Sur Seine, à deux pas de là.

Marcher à Paris, pour mesurer l’hyperthermie d’une société post-moderne en manque de repères et d’identité. Mais non sans l’espoir d’arriver un jour à recréer ensemble des solidarités et des complicités. Peut-être est-ce un rêve ? Sûrement, mais si nous rêvons à plusieurs, comme le dit Dom Helder Camara, c’est alors le début d’une réalité…

Benoît

January 01

Vous aimez la géographie ? Jouez !

  
This Traveler IQ challenge is brought to you by the Web's Original Travel Blog 

Si le player ne fonctionne pas : http://www.travelpod.com/traveler-iq/game1

Pour information, il y a d'autres challenges (Europe uniquement, Asie, Amérique...) sur le site : http://www.travelpod.com/traveler-iq puis "others challenges"

December 02

J'ai (très) mal au travail

 
Mal au travail 5/5
envoyé par peamak

 
Mal au travail 4/5
envoyé par peamak
 
Mal au travail 3/5
envoyé par peamak
 
Mal au travail 2/5
envoyé par peamak
 
Mal au travail 1/5
envoyé par peamak
 
September 29

Décroyance

 
Nouveau consensus français : nous ne travaillons pas assez. De Nicolas Sarkozy à François Hollande, le même hymne au travail et à la croissance. Une vision qui n'est pas celle de l'Ecclésiaste.
 
 
Y croyaient-ils ? Ont-ils fait semblant d’y croire ? Y ont-ils cru avant de cesser d’y croire ? Comme sous l’Inquisition, broyés par leur récente défaite, finiraient-ils par croire à leurs propres aveux, à leur étrange repentir ? Se seraient-ils convertis… au sarkozysme, les socialistes ?

N’avez-vous point ouï François Hollande déclarer que « le pays doit travailler plus », et que le PS « ne peut plus dire qu’on va rétablir les 35 heures » ? Alors que le candidat Sarkozy enrobait son « travailler plus pour gagner plus » de la promesse que la loi sur les 35 heures ne serait pas remise en cause. Ahurissant…

Stakhanovistes de toutes les provinces, unissez-vous ! La France est un pays de feignants ! Votre personnel politique se vante de bosser 70 heures par semaine. En comptant en heures de travail les repas d’affaires, en faisant élever les enfants par des gouvernantes, en faisant assurer l’intendance par des domestiques. Vous, manants, qui ne savez pas comment jongler avec vos horaires de travail, ceux de l’école, des séances de musique de la fille et des cours de gymnastique du fiston, plus les devoirs à la maison, les courses à faire et, si vous êtes chrétien militant, le culte dominical, eh bien vous vous la coulez douce.

Evidemment, si l’Etat socialiste s’était appliqué la vocation des 35 heures, c’est-à-dire le partage d’un travail trop rare, nous n’en serions pas à cette quasi-inversion des polarités. Quand on va à l’étranger, il saute aux yeux que la France traîne une armée de post-jeunes et de préretraités qui ont en commun de n’être pas désirables pour le marché du travail. Ils sont, paraît-il, de trop.

Il y a longtemps que je me demande comment, en 1936, on a réussi à imposer les 40 heures alors qu’on travaillait 50 heures et plus, six jours sur sept, et douze mois sur douze. Mais Léon Blum n’était pas François Hollande…

Labeur accru

Ainsi, nous nous acheminons vers un labeur accru, vers les magasins ouverts le dimanche au détriment d’une relâche communément admise tous les sept jours, les mains tendues vers la déesse Croissance. Personnellement, je cultive une vision du travail qui est celle de l’Ecclésiaste : « Voici ce que j’ai constaté : le bonheur qui convient à l’homme est de manger, de boire et de jouir de ce qui est bon au milieu de son travail qui lui donne tant de peine sous le soleil, pendant les jours que Dieu lui donne à vivre ; c’est là ce qui lui revient (1). » Travailler pour vivre, et non vivre pour travailler. Curieusement, c’est une société hédoniste qui s’apprête à consentir avec fatalisme à son propre asservissement.

Nous verrons bien ce que cela produira. En tout cas, je prends le pari que le chômage ne sera guère réduit ; que la pauvreté, au mieux, ne diminuera pas ; que le marché des automobiles et des appartements de luxe va se porter très bien ; que la croissance concernera toujours les mêmes, que la décroissance sera le lot de beaucoup ; que les petits Français auront des parents de plus en plus indisponibles ; que la délinquance a de l’avenir.

Reste-t-il quelques politiciens qui prennent le temps de penser, de réfléchir… de prier, peut-être, au lieu d’improviser des lois nouvelles à chaque alerte médiatisée ?

Ce n’est pas avec des « peines plancher », « des caméras partout » et des incantations du style : « La croissance, je ne l’attendrai pas, j’irai la chercher » qu’on donnera un avenir à la France.

(1). Qo 5,17.
 
Philippe MALIDOR, in Réforme n°3238, 13-19 septembre 2007
May 22

Les Français ne sont pas des paresseux

 

Par Guillaume Duval, rédacteur en chef du mensuel Alternatives Economiques (www.alternatives-economiques.fr)

 

Il faut, parait-il, « réhabiliter la valeur travail ». Nicolas Sarkozy en a fait le thème central de sa campagne victorieuse. Il considère manifestement que la paresse actuelle des français est la cause principale des difficultés que rencontre le pays. Il s’agit là pourtant d’une contrevérité qui aurait du en bonne logique lui coûter l’élection tant le propos est insultant à l’égard des 22,5 millions de salariés, qui travaillent dur chaque jour, et des 2 millions de chômeurs, qui aimeraient pouvoir en faire autant. Les résultats de l’économie française ne sont pas, c’est vrai, toujours à la hauteur, mais c’est plutôt du côté des élites économiques dirigeantes qu’il faut en chercher les causes. Et les remèdes.   

Rien n’est plus faux en effet que ce préjugé tenace d’une France paresseuse : les salariés français figurent au contraire parmi les plus productifs au monde. Selon les chiffres du Bureau of Labor statistics, organisme officiel américain donc peu suspect de socialisme militant ou de francophilie excessive, un français qui occupe un emploi avait produit 71 900 dollars de richesses en moyenne au cours de l’année 2005. C’est certes moins que les 81 000 dollars produits par l’employé américain moyen mais significativement plus que les 64 100 dollars d’un anglais, les 59 100 des allemands ou encore les 56 300 dollars d’un japonais... Et même en matière de temps de travail, si Nicolas Sarkozy ne se contentait pas de répéter les poncifs que lui soufflent ses amis chefs d’entreprises, il saurait que les salariés français ne sont pas, et de très loin, ceux qui travaillent le moins en Europe. Selon Eurostat, l’organisme statistique officiel de l’Union, un salarié français travaillait en moyenne 36,4 heures par semaine au troisième trimestre 2006. Contre 36,1 dans l’ex Union à 15. Les français travaillent presqu’aussi longtemps que les anglais, 36,5 heures, et significativement plus que les danois, 34,6 heures, dont le modèle social est si envié, ou encore que les allemands, 34,5 heures, pourtant champions du monde de l’exportation. Sans parler des néerlandais qui ne restent en moyenne que 29,8 heures au travail chaque semaine. Dans l’ex Europe à 15, c’est en Grèce, 39,9 Heures, et au Portugal, 39,2 Heures, qu’on travaille le plus longtemps. Rattraper la Grèce et le Portugal, est-ce cela l’ambition de Nicolas Sarkozy pour l’économie française ?

Si, à niveau de richesses comparable, le chômage est plus important chez nous que chez nos voisins, c’est justement parce que ceux qui ont déjà un emploi sont particulièrement productifs. C’est la raison pour laquelle d’ailleurs la démarche des 35 heures était parfaitement censée. Et c’est pour la même raison, qu’en cherchant à allonger le temps de travail de ceux qui ont déjà un emploi, Nicolas Sarkozy ne ferait qu’aggraver le chômage. Quant aux chômeurs, soupçonnés de se complaire dans leur situation, il serait pourtant difficile de les pénaliser davantage qu’aujourd’hui afin de les obliger à trouver un emploi : les chômeurs français figurent déjà parmi les plus mal traités. En 2003, 10 des pays de l’ex Union à 15 dépensaient, en effet, davantage que la France pour indemniser leurs chômeurs, rapporté à leur PIB. Jusqu’à 2,7 fois plus par chômeur pour le Danemark ou les Pays Bas, mais aussi un peu plus pour le Portugal...  

Contrairement à ce que laisse entendre le nouveau président de la République, les salariés français ne sont donc pas des paresseux ni les chômeurs de l’Hexagone des profiteurs. Pour autant, il ne fait guère de doutes que les entreprises françaises rencontrent des difficultés importantes. Elles sont souvent à la peine sur les créneaux High tech en expansion et s’en sortent, en particulier, nettement moins bien sur le marché mondial que les entreprises allemandes. Et cela bien que le travail soit sensiblement plus cher Outre Rhin : 33 dollars de l’heure en 2005 pour un ouvrier de l’industrie contre 24,6 en France selon les chiffres du BLS. Si la paresse des salariés n’est pas en cause, ni le coût de leur travail, est-ce que les raisons de ces difficultés ne seraient pas à chercher plutôt en priorité du côté de la tête des entreprises ? Du côté de la faible qualité de leurs dirigeants et de l’inefficacité de leurs modes de gestion ? Quand on observe, par exemple, le gigantesque gâchis que l’incurie d’un Arnaud Lagardère, actionnaire de référence, combinée à la soif de pouvoir d’un Noel Forgeard a provoqué au sein d’Airbus, on se dit en effet que c’est surtout au niveau de ses élites économiques, de leur recrutement et de leurs habitudes de fonctionnement, que l’économie française aurait besoin d’une « rupture ». Mais évidemment il est plus naturel pour l’ancien maire de Neuilly, qui a recueilli un pourcentage record de 87 % des voix dans sa commune, de chercher à culpabiliser salariés et chômeurs plutôt que de bousculer ses amis patrons...  

 

Benoît Aublet

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